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Marc-André Pauzé | Dessinateur-voyageur | Photographe | Auteur | info@marcpauze.net

Michèle Ouimet - Un modèle du journalisme narratif

April 24, 2018

 

« J’ouvre ma valise et je sors mon abaya et mon foulard. Noirs, la couleur prisée par le gouvernement saoudien.

 

La veille de mon départ, j’ai tiré un sac de mon garde-robe dans lequel je garde une collection de voiles : burqa pour l’Afghanistan, tchador pour l’Iran, hidjab pour le Pakistan. Dans le fond du sac, j’ai repêché mon abaya, une robe noire que j’avais achetée en Syrie. Elle était trop longue, je marchais dessus. Je l’ai coupée avec des ciseaux. Elle s’est effilochée au fil des jours.

 

J’étais nerveuse et un brin paranoïaque à l’idée d’affronter l’Arabie saoudite où le blogueur Raif Badawi a été emprisonné et flagellé pour avoir critiqué le régime. » (Michèle Ouimet, La Presse, 13 janvier 2018)

 

Bien que le texte précédent est un reportage journalistique, vous aurez sûrement remarqué que le style littéraire diffère de ce qu’on lit habituellement dans les colonnes d’un journal. L’objectivité est la valeur la plus recherchée en journalisme. Pour tenter d’atteindre ce Saint-Graal, le journaliste évite le « Je » et ce qui est subjectif. Ses textes sont rédigés avec des phrases courtes où il rapporte les faits, en portant une attention aux deux côtés de la médaille. Il n’est qu’un observateur distant, comme s’il regardait à travers une vitre, ce qui devient de plus en plus le cas, à mesure que les reportages de terrain disparaissent par manque de moyens.

 

Pourtant, il existe une autre forme de journalisme écrit. Le journalisme narratif ou récit journalistique. Les français appellent ça du grand reportage et les américains, "narrative journalism". Il s’agit de textes plus longs, qui vont en profondeur et qui ajoutent une dimension d’immersion en racontant une histoire. Le reporter essaie de faire vivre l’expérience aux lecteurs, autant que faire se peux. Le journalisme narratif est généralement défini comme une forme de journalisme qui utilise les outils du roman pour faire un texte d’informations. Il adoptera un rythme qui gardera l’intérêt du lecteur. Aux États-Unis, le style cherchera à inclure des émotions, même celles du journaliste par l’utilisation du "Je" ainsi que des verbes de sentiments et de pensées. 

 

Si le renouveau du genre vient des États-Unis, la tradition des grands reporters français de la fin du XIXe siècle n’en est pas très loin. Albert Londres, qui a donné son nom à un grand prix du journalisme de reportage, en était le digne représentant.

 

« Devenu reporter à trente ans, l’âge de la maturité — ce qui explique la force et le sérieux de ses écrits —, Londres ne s’est jamais réfugié derrière une quelconque objectivité, le » je « est la règle. Sans qu’on puisse le qualifier de bidonneur, comme il y en a tant dans la presse de son temps, Londres prend parfois certaines libertés avec les règles du métier telles qu’on les conçoit de nos jours. Poète dans l’âme, il raconte ce qu’il voit, ce qu’il ressent et ce qu’il sait, en faisant appel à des images signifiantes. Passionné de théâtre, il a constamment recours à des dialogues finement mis en scène. Mais même si ses reportages sont très maîtrisés, du point de vue des techniques narratives et du style, ils sonnent constamment juste. » (Le Routard)

 

Le 1er avril 2018, Michèle Ouimet, journaliste de La Presse, a écrit son dernier texte. Un texte magnifique. Elle prend sa retraite. Celle dont les reportages m’ont amené à m'intéresser au journalisme. Elle m’a inspiré par les sujets dont elle traitait (géopolitiques, guerres et conflits), mais aussi par son style où elle nous emmène en reportage avec elle. Un style narratif où l'humain, bien au centre du récit, me collait à ma chaise (et mon journal). 

Le plaisir de lire « La Presse » c’était Pierre Foglia, bien sûr, et Michèle Ouimet.

Pour mon reportage sur l’Amundsen publié dans La Presse, on m’avait demandé un récit journalistique pour accompagner mes dessins. Après avoir remis une première ébauche, on me dit : 

– C’est bon, mais il faudrait changer les « je » pour des « on ». 

J’ai alors expliqué comment j’aimais le style de Ouimet. Un reportage fouillé et immersif où le « je » présent, restait pourtant discret et ne prenait pas la place du sujet et de l'informations à transmettre. 

– C’est vrai, Michèle utilise le « je » dans ses reportages... mais tu n’es pas Michèle Ouimet.

En fait, c’est aussi ça, il n’y a personne comme Michèle Ouimet. 

Je ne la connais pas personnellement, mais je lui souhaite une bonne retraite. Et je nous souhaite, nous lecteurs, qu’elle revienne faire quelques reportages occasionnels. Elle a mentionné qu’elle en fera quelques-uns. J’ai peut-être encore une chance (rêves et illusions, quand vous nous tenez) de partir avec elle pour un reportage. Deux retraités qui déposeraient leur regard sur une partie du Monde. Ses textes et mes dessins. Mais quels textes !

 

Elle prend sa retraite un 1er avril? ... Et si c'était un poisson d'avril?

 

English summary: What is narrative journalism and what represented the La Presse reporter, Michèle Ouimet, for me.

 

Texte, dessins et Photos © Marc-André Pauzé – tous droits réservés.

 

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Merci à Martin Tremblay, photographe de La Presse, pour la photo qui a servi à faire ce dessin)

 

 

 

 

 

 

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