• Blanc Facebook Icône
  • Blanc Icône Instagram
Marc-André Pauzé | Dessinateur-voyageur | Photographe | Auteur | info@marcpauze.net

Ce qui navigue dans le cœur d'un homme

January 23, 2018

 

Depuis mes dernières expéditions sur le brise-glace « Amundsen », je suis habité par ce navire. On dit que les navires ont une âme. Celle de l’Amundsen a trouvé une résonnance synchrone avec la mienne. 

 

Explorer, comprendre et raconter ont été des éléments clés dans ma vie. L’Amundsen représente et symbolise justement plusieurs sphères de ma vie qui sont à la base de ce que je suis.

 

  • L’Histoire de l’exploration polaire : De par son nom en hommage à Roald Amundsen, le plus grand explorateur polaire.

  • La mer : Comme plusieurs j’ai grandi en rêvant que je faisais partie de l’équipe de Cousteau et ma mère vient de la Gaspésie. C’est banal, mais pour moi ça veut dire quelque chose.

  • L’aventure : Je suis souvent sorti des sentiers battus au cours de ma vie, et ce, bien avant que le plein air soit à la mode et un objet de consommation. L’aventure c’est avant tout un état d’esprit en s’exposant à l’inconnu et en allant plus loin, en sortant de sa zone de confort.

  • La curiosité et la science : Je ne suis pas chercheur, mais j’ai un esprit animé d'une curiosité intellectuelle et j’ai évolué dans un univers scientifique dans ma profession d’infirmier.

  • Un esprit de corps : Trois ans dans l’armée et des années d’expéditions en arrière-pays m’ont appris comment la cohésion d’une équipe permet que le tout soit plus grand que la somme de ses composantes.

 

Il y a deux ans, j’écrivais :

 

Je suis un vagabond.

 

Quel est cet appel qui, au plus profond de moi, m’attire vers le Nord ? Ici, je ne parle pas nécessairement du nord magnétique ou du nord géographique, mais bien de celui qui fait référence à une conception plus large de nature sauvage. Un « Wilderness », une « sauvagerie » où j’y retrouve presque toujours un humain aux prises avec son environnement, ses relations avec la nature et la société, sa complexité et ses paradoxes. Cette « sauvagerie », les Anishnabes appellent ça « the bush » et les inuits, « the land ».

 

Tout au long de ma vie, j’ai alterné des moments de retour aux sources vers l’univers Anishnabe, un univers ancestral qui m’habite depuis ma tendre enfance, pour ensuite partir avec le bagage acquis, vers d’autres contrées, paysannes ou sauvages. Un univers de brousse, un univers nomade. Mais l’univers Anishnabe a continué de m’accompagner.

 

Et un jour, je suis parti vers le nord, le Grand Nord. Le Nunavik des Inuits. Après un an à vagabonder, d’un village de l’Ungava à l’autre, à survoler les communautés, j’ai eu l’occasion de déposer mes sacs et de m’installer six mois par année à Kangiqsualujjuaq. Déjà, après mon passage dans ce village où j’ai eu à jouer un rôle dans une mission de sauvetage auprès d’une femme attaquée par un ours polaire, j’avais l’impression que j’avais quelque chose à vivre dans ce village.

 

J’ai eu l’occasion, pendant trois ans de connaître encore plus cette communauté, cette société. De partager un peu de leur vie, de leur histoire, de leurs peines, mais aussi de leurs joies et d’explorer les montagnes et la toundra. Le « Land ». Puis, un virus a décidé qu’il me fallait arrêter et revenir au sud, le sud du Québec. J’ai quitté le village rapidement, laissant tous mes effets derrière, même mon chien. Lui, je l’ai récupéré quelques mois plus tard et mes affaires personnelles, après un an. 

 

Dans quelle direction le prochain sentier pointera-t-il ?

 

On ne sait pas ce que « La Vie » nous réserve, mais elle nous met souvent sur la piste. C’est à nous de la reconnaître, de rester ouverts et de l’explorer. C’est l’œuvre du « Kitche Manitou », Le Grand Mystère des Anishnabes.

 

L’empreinte du navire ainsi que celles laissées en allant vers les grands horizons, restent marquées dans mon sillage. C’est à croire que Kitche Manitou s’est ligué avec l’esprit d’Amundsen.

 

Le son de la rivière derrière chez moi me rappelle les flots turquoise glissant le long de la coque du navire pendant que je suis accoudé au bastingage à scruter l’horizon. J’entends encore les craquements de la glace résister et s’écarter pour nous laisser passer avec peine. Je ferme les yeux et j’arrive même à ressentir l’air froid me caresser les joues, les frissons me secouer parce que j’ai passé trop de temps aux grands vents à humer le parfum de cette mer si lointaine.

 

Un grand projet a germé dans mon esprit. Il est trop tôt pour en parler largement, mais ce n'est que le sentier qui se poursuit. Cet hiver, en attendant de passer à l'action, je chauffe le poêle. Le feu alimente mes pensées sans les consumer. D'ailleurs, l'écrivain William Butler Yeats ne disait-il pas:

 

«Éduquer ce n'est pas remplir un vase, c'est allumer un feu.»

 

À cela j'ajoute; ...et ce feu, celui que j'ai dans le cœur, s'alimente de la créativité et des grands horizons.

 

«Tel un filet qui filtre la mer, mon regard pêche des images et mon carnet  garde au frais tout ce que mes yeux attrapent. Je suis un humain qui peint.»

 

— Alain Serres, auteur.

 

Dans la tradition de la marine anglaise, un navire porte le genre féminin. On dit que c’est une vieille tradition remontant aux Égyptiens pour qui les bateaux étaient des créatures féminines apportant la chance.

 

Moi j’aime bien cette tradition, car tout ce qui navigue, que ce soit sur l’eau ou... dans le cœur de l’Homme, se doit d’être chéri. 

 

Texte © Marc-André Pauzé – tous droits réservés.

Photo provenant de ma collection personnelle et réalisée par Tina Fares

 

En cliquant sur "Abonnement", dans le menu du haut de page, vous pourrez vous inscrire au site et recevoir des notifications par courriel de la publication de nouveaux  articles dans les Carnets (blogue) et des informations sur mes projets (maximum 3 courriels par mois, incluant les notifications)

 

Share on Facebook
Share on Twitter
Please reload

Please reload