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Marc-André Pauzé | Dessinateur-voyageur | Photographe | Auteur | info@marcpauze.net

Un sourire dans les yeux

January 13, 2018

 

"Il ne faut pas peindre ce qu'on voit, il faut peindre ce qu'on sent. La ligne du dessin doit toujours être un peu la ligne du coeur... prolongée."

 

~ Henri Jeanson, Artiste, Écrivain, Journaliste, Scénariste (1900 - 1970)

 En 2015, je me suis remis au dessin après 30 ans d’arrêt. Après quelques semaines à me pratiquer, j’ai pris mon calepin et suis allé à un spectacle de musique folk pour les citoyens dans l’intention de faire quelques croquis sur le vif. Pendant les prestations, je réalisai trois croquis. Après le spectacle, le bruit circula dans le bar qu’il y avait quelqu’un qui dessinait les chanteurs. Les trois types que j’avais dessinés défilèrent à ma table. Tour à tour, ils me demandèrent de signer leur portrait, avec une certaine fierté dans les yeux.

 

Surpris par ces réactions à mes petits croquis, je m’aperçus comment le dessin rapproche. Ces trois types étaient tellement fiers que j’ai pris le temps de les dessiner, même très rapidement. On aurait dît que je leur faisais un cadeau. Pourtant, comme Stéphane, le joueur de mandoline, j’en étais à ma première prestation publique, de globe croqueur.  Je ne suis pas certain que nous aurions vécu ces moments, si je les avais photographiés, même si j’avais mis tous mes talents de photographe humaniste à profit.

 

Pendant les mois suivants, mon coup de crayon devint de plus en plus fluide et j’expérimentai avec d’autres médiums – crayons de couleur noirs, Pierre noire de Conté et bien sûr l’aquarelle. Je croquai les gens autour de moi, que je fut au café, sur une terrasse, au restaurant ou sur la rue. Chaque fois que j’ai fait un croquis d’une personne et que celle-ci l’a vu, c’est toujours la même réaction qui se produit.

 

Depuis quelques semaines, j’expérimente les stylos et pinceaux de pigments gris et noir d’encre de Chine. J’aime beaucoup la rapidité que ça me procure pour arriver à un croquis étoffé, nuancé et durable – contrairement au crayon à base de graphite ou de fusain, qui doivent être fixé pour ne pas s’estomper. Par contre le droit à l’erreur n’existe pratiquement pas puisque je ne peux effacer. Ça ajoute un degré d’engagement et d’intensité qui me plaît.

 

Un jour que j’étais dans un café de la rue Beaubien, à Montréal, je dessinai un homme qui était assis à la table de l’autre côté de la pièce. Il était accompagné d’un jeune garçon de 7-8 ans. J’imaginai que c’était son petit-fils.

 

Pendant que je le dessinais, je trouvais que cet homme avait l’air préoccupé. Quand il s’apprêta à partir, je l’appelai pour lui montrer le dessin. Il s’approcha avec un air interloqué. Nous avons discuté puis il se confia tout en regardant le dessin.

 

“J’ai un esprit rationnel, alors je me sens quelques fois coupé du monde. Je suis journaliste à la retraite  et je suis toujours pris dans mes travaux sérieux. Peut-être un peu trop sérieux. Mais comme j’ai été «cartooniste», et ce, même si j’ai arrêté il y a 30 ans, je me rappelle en voyant votre dessin, comment ça me faisait du bien et comment ça me rendait heureux.”

 

Lorsqu’il a quitté le café, il y avait un sourire dans les yeux.

 

English summary: In January of 2015, due to a twist of fate, a virus caught in the Far North put my normal activities to a stop. With that forced stop, I rediscovered an old way of telling stories of the real world. Sketches, often done on location. So, I have decided to also report through sketching and I have noticed that my sketches bring joy and take care of the soul, in mine and others.

 

 

 

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