Les autochtones n'ont pas eu notre chance...


Aujourd’hui c’est le jour de la Confédération. C’est la 3e fête en l’espace de 10 jours:

21 juin: Journée nationale des peuples autochtones

24 juin: Fête nationale des Québécois et des Canadiens-français

1er juillet: Jour de la confédération du Canada


Cette dernière fête ne m’a jamais tellement concerné puisqu’elle symbolise le Canada tel que l’ont imaginé les colonialistes britanniques.


Après la conquête, les colonialistes britanniques devaient composer avec deux problèmes principaux;

  • la présence des autochtones sur un immense territoire à exploiter.

  • un imposant nombre de descendants de colons français, source potentielle de rebellions et par surcroit, s'entendant assez bien avec les autochtones. Plusieurs canadiens-français s'étant même beaucoup plus intégrés aux modes de vie autochtones que l'inverse.

L’idéologie raciste des Britanniques résultent en des discours envers les autochtones et les Canadiens-français, très similaires. Seules les stratégies pour « régler le problème » ont différé.


Ainsi Lord Durham, administrateur de la colonie britannique, disait en 1839:


« Les canadiens français, d’autre part, ne sont que le résidu d’une colonisation ancienne. Ils sont destinés à rester toujours isolés au milieu d’un monde anglo-saxon. » […]


C’est pour les tirer de cette infériorité que je veux donner aux Canadiens notre caractère anglais. […] Je désire plus encore l’assimilation pour l’avantage des classes inférieures. […]


S’ils essaient d’améliorer leur condition, en rayonnant aux alentours, ces gens se trouveront nécessairement de plus en plus mêlés à une population anglaise; s’ils préfèrent demeurer sur place, la plupart devront servir d’hommes de peine aux industriels anglais. Dans l’un et l’autre cas, il semblerait que les Canadiens français sont destinés, en quelque sorte, à occuper une position inférieur et à dépendre des Anglais pour se procurer un emploi. La jalousie et la rancune ne pourraient que décupler leur pauvreté et leur dépendance; elles sépareraient la classe ouvrière des riches employeurs.


On ne peut guère concevoir nationalité plus dépourvue de tout ce qui peut vivifier et élever un peuple que les descendants des Français dans le Bas-Canada, du fait qu’ils ont gardé leur langue et leurs coutumes particulières. C’est un peuple sans histoire et sans littérature. » […]

La tranquillité ne peut revenir, je crois, qu’à la condition de soumettre la province au régime vigoureux d’une majorité anglaise ; et le seul gouvernement efficace serait celui d’une Union législative. »

- John George Lambton, 1er comte de Durham


Nous les « Canadiens-Français » avons été traités comme citoyens de seconde zone. Le Canada a longtemps interdit aux Canadiens-français hors Québec de parler français à l’école. Partout au Canada, on nous a forcé à parler anglais dans les institutions publiques et dans les « factories ». Bien que nous ayons longtemps servi de pagayeurs, de coureurs de bois, de guides, de bûcherons exploités, de paysans-cultivateurs, de pêcheurs-esclaves et plus tard de « cheap labour », ce n’est pas sans rappeler - dans une bien moindre mesure, j’en conviens - ce que ce même Canada britannique a fait subir aux peuples autochtones et à leurs enfants en instrumentant les congrégations religieuses.


Voici un discours de celui que les livres d’histoire considèrent comme étant le père du Canada :


« Lorsque l’école se trouve sur une réserve, l’enfant vit avec ses parents, qui sont des sauvages ; il est entouré de sauvages, et bien qu’il puisse apprendre à lire et à écrire, ses habitudes, son développement et sa manière de penser restent indiens. Il est, simplement, un sauvage qui sait lire et écrire. On m’a fortement recommandé, en tant que chef de ce département, de préserver le plus possible les enfants indiens de l’influence parentale, et la seule façon d’y arriver serait de les envoyer dans des écoles de formation industrielles et centralisées, dans lesquelles ils pourront acquérir les habitudes et les modes de pensées des hommes blancs. »

- John A Macdonald, 1er premier ministre du Canada


Les rapports continus de fosses communes dans les pensionnats à travers le pays ont rendu l'horrible réalité de l’histoire du Canada en tant que colonisateurs impossible à ignorer. Pourtant rien de tout cela n'est vraiment nouveau. Les familles autochtones le disent depuis longtemps. Le Canada a simplement choisi de vivre dans le confort de l'ignorance volontaire tandis que d'innombrables enfants autochtones et leurs familles ont terriblement souffert.


Le Canada est issu d’une culture raciste pour qui tous ceux qui ne sont pas britanniques sont de race inférieure. Nous avons été chanceux qu’ils aient eu besoin de nous pour construire le Canada et qu’ils aient eu peur à une rebellion. Les Autochtones n’ont pas eu cette chance…


Aujourd’hui c’est un jour de deuil national et de solidarité envers les Premières Nations et Inuits du Canada.

Publier une photo signalant notre solidarité c’est bien. Prendre le temps de connaître l’histoire du Canada même dans ce qu’elle a de tordu, d’écouter ce que les autochtones ont à dire et tendre la main, c’est encore mieux.


La réconciliation passe par la connaissance de l'histoire. Après on pourra penser construire un pays TOUS ensemble.

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Adhérant au "code de l'aventure responsable", je ne géolocalise pas avec précision les endroits que j'explore, sauf en quelques rares exceptions comme mes voyages en Arctique ou lors d'une référence historique pertinente.

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Textes, dessins, vidéos et photos © Marc-André Pauzé – tous droits réservés

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