• Marc-André Pauzé

Le fléau de la mer et le butin des marins

Mis à jour : août 8


Voilier naviguant en suivant les côtes du Groenland.

"Endurer et souffrir, comme un chou dur, de la viande froide et salée, des traverses de couchettes cassées, du pain moisi, de la bière éventée, des vêtements mouillés, le manque de feu, tout cela fait partie de la vie à bord."


- Capitaine Luke Fox

5 Août - Le vent s'est levé durant la nuit. Au matin ça ressemble plus à l'idée que l'on se fait de la mer du Labrador. La température a chuté et celle de l'eau a suivi. Tôt le matin, des vents montrent des pointes à 35 nœuds et les vagues de deux mètres valsent autour de nous. "Ce n'est pas de la grosse mer mais on n’est pas sur l'asphalte, non plus" de me dire André, le timonier, un sourire en coin.


Pendant la nuit, le commandant a arrêté les opérations à cause du mauvais temps. En plus du retard occasionné par quelques bris techniques à la rosette, hier, nous devrons donc compter sur une autre journée avant d'atteindre les côtes du Groenland.


En marchant sur l'entre-pont, j'évite en me cachant derrière un mur, la fine pluie des embruns, cette eau vaporisée poussé par les vents. L'air est saturé d'humidité. Je suis retourné à mes quartiers avec une pensée pour les marins de l'époque des explorateurs de l'Arctique.


Si la science de la navigation n'était plus un mystère comme elle l'avait été avant, les marins du XVIe siècle - époque qui vit les premières expéditions en Arctique - devaient composer avec des conditions de vie primitives. Ils dormaient dans des quartiers exiguës, insalubres et souvent frigides. Les hamacs ont été introduit dans la Royal Navy seulement qu'en 1597. Leurs vêtements étaient mouillés en permanence. L'eau étant contaminée, ils buvaient de la bière éventée et insipide. On gardait des sceaux d'urine pour éteindre les feux des foyers et la nourriture était infecte. Les empoisonnements alimentaires n'étaient pas chose rare. À cela s'ajoutait le scorbut, "le fléau de la mer et le butin des marins".


Moi, ici, je mange bien. En fait, il faut de la discipline pour ne pas manger trop. Mes vêtements sont propres et secs, l'eau est potable et le café chaud. En signe de respect pour ces hommes d'une autre époque, mais aussi pour mes collègues matelots qui travaillent sur le pont pendant les opérations, je garde ma fenêtre de hublots légèrement entre-ouverte et laisse entrer l'air froid provenant peut-être des hauts plateaux du Groenland, de plus en plus proche.


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Textes, photos et illustrations: © Marc-André Pauzé – tous droits réservés.


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Marc-André Pauzé | Dessinateur-voyageur | Photographe | Auteur | info@marcpauze.net
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