Aujourd'hui, j'ai les yeux tristes comme son camion


11 mai 2021 — Je déambule sous la pluie, mais je ne sens pas les gouttes d’eau sur mes joues. Peut-être parce que mes yeux ont déjà déversé leur trop-plein. C’est que je viens d’apprendre le décès subit d’un grand homme pour qui j’ai beaucoup d’admiration. Anthropologue, animateur radio, écrivain et poète du quotidien, Serge Bouchard est décédé. Celui qui racontait avec sa voix profonde et apaisante, l’histoire des grands oubliés de l’Histoire. Celui qui jetait un regard critique, mais oh combien lucide sur notre société, mais toujours après avoir jonglé avec les mots, les idées avec tellement de poésie et de sensibilité. Celui qui connaissait et aimait les autochtones — les Indiens comme il aimait encore les appeler pour nommer avec justesse le contexte historique de ce mot, mais en complétant sa phrase avec les noms originaux de chaque nation avec plus de précision que n’importe quel activiste « Woke » — de ce pays et ceux de nos voisins, les Canadiens et les Américains.

________________________________________________________________________

« Il est bien mieux d’être un autochtone sans eau courante à Attawapiskat, que d’être un indien sans eau courante à Attawapiskat. (...) Comme si l’aveugle était moins aveugle depuis qu’il est un non-voyant. (...) Voilà que je ne peux plus utiliser le mot indien. (...) 50 ans de recherches passionnées et de lectures. 50 ans à combattre le racisme, à éduquer, à affronter les publics hostiles. 50 ans d’amitiés, d’admiration et de respect envers les cultures et les peuples autochtones pour en arriver dans un monde où quelqu’un t’invite d’autorité à ne plus prononcer le mot indien en public. (...) Un mot bienveillant dans la bouche d’un être bienveillant, cela ne peut offenser personne, hormis les fanatiques qui ne font pas la différence entre un texte et un contexte. »

- Serge Bouchard

________________________________________________________________________

Sur mon fil Facebook se multiplient les souvenirs, les hommages, les marques de respect à son égard. La polarité de mon réseau social résonne, pour une fois, à l’unisson de la justesse des mots et de la touchante marque qu’il aura laissée.


Monsieur Bouchard, pour moi vous ne serez jamais « un remarquable oublié ». Vous serez simplement un remarquable. Mais le monde manquera le regard que portait ce

« mammouth laineux » sur notre société. Aujourd’hui, je me joins à son camion. J’ai les yeux si tristes... nous avons perdu un phare.

~~~~~

Pour ceux que ça pourrait intéresser, voici un lien vers une page où on retrouve avec joie, une collection de balados-diffusions des différentes émissions et deux livres audio de Serge Bouchard. Au moins, il nous reste ses écrits et sa belle voix.


~~~~~

Adhérant au "code de l'aventure responsable", je ne géolocalise pas avec précision les endroits que j'explore, sauf en quelques rares exceptions comme mes voyages en Arctique ou lors d'une référence historique pertinente.

~~~~~

Pour ne rien manquer des nouveaux billets et surtout pour des nouvelles en primeur sur mes projets, inscrivez-vous à l'infolettre mensuelle, "Carnets de terrain" (si vous recevez déjà une notification par courriel des publications du blogue, c'est que vous êtes déjà inscrits).

~~~~~

Textes, dessins, vidéos et photos © Marc-André Pauzé – tous droits réservés

200 vues