• Marc-André Pauzé

Le regard du cuisinier

Mis à jour : juil. 2


Mohamed, guide de montagne.

Haut Atlas - Maroc. Après une semaine à progresser dans les vallées et traverser des cols de montagnes, Yves et moi, sommes prêts pour l'ascension du Djebel Toubkal avec notre guide, Mohamed.


06h00

Nous débutons notre lente progression vers le sommet. Une longue file nous précède déjà. La plupart arrivent directement d'Europe, ayant atterri à Marrakech la veille et monter au camp de base en une journée. Bien acclimatés par notre randonnée d'une semaine, nous les dépassons presque tous. L'ascension se fait dans un large couloir de pierres. Après une heure de montée, nous croisons nos premières plaques de neiges africaines. J’y touche. Elle est cristallisée et dure, se ramollissant et devenant granuleuse à mesure que la chaleur de la journée augmente. Le rythme est bon. Mon système cardio-vasculaire est bien adapté. Il s’agit de trouver la bonne longueur de pas et la vitesse s’ajuste par elle-même, dictée par le rythme respiratoire. Boire quelques gorgées d’eau s’avère pourtant difficile car il faut arrêter de respirer quelques secondes et ça prend plusieurs pas pour reprendre l’oxygène manquant.


Nous arrivons au sommet. Un groupe guidé par un corse ressemblant à Hergé, trinque au champagne. Nous préférons nous éloigner de la cohue et nous nous installons sur un promontoire rocheux surplombant un autre versant de la montagne. Il est 8 h 15 et les montagnes se découpent en une succession de nuances de bleu. Je ne ressens pas de joie particulière. Je suis content sans plus. Pas de grande satisfaction. C’est la première fois que je me fais guider en montagne et je n’aime pas l'expérience. En fait, alors qu’on amorce la descente après avoir félicité Mohamed pour sa 241e ascension du Toubkal, je me remémore la satisfaction que j’ai eue à trouver mon chemin dans les vallées des hauts plateaux de Madagascar par moi-même, traverser des ruisseaux, rester concentré à garder les repères du terrain bien en tête, grimper une petite montagne sans nom et le plaisir d’être entré dans le quotidien des paysans lors de ces randonnées. Ici, mon esprit est sur le pilote automatique. Je n’ai qu’à suivre. Par contre j'aime voir comment Yves est heureux. Lui, c'est un vrai montagnard. Il aime la sensation de grimper et l’univers minéral. Moi j'aime m'inscrire dans un projet qui me fait du sens et me faire guider ici n'entre pas dans cette catégorie. J'ai pourtant aimé faire partie des caravanes sahariennes avec les chameliers. Je dois y voir un sens différent. C’est sur ses pensées que nous redescendons au camp de base.


«nous nous installons sur un promontoire rocheux surplombant un autre versant de la montagne»

Une fois au campement, un ami de Mohamed nous reçoit dans sa tente et un cuisinier de montagne nous sert une soupe chaude. Le type parle très peu français, mais il a un regard franc et il s’en dégage une impression de douce bonté. Voilà ! Plus que l’exploit sportif, le souvenir de ce contact avec le cuisinier, même si pratiquement aucun mot n’a été échangé, guidera mes prochaines aventures. Plus tard j'alternerai entre le goût d'aller à la rencontre de l'humain, et l'envie de fuir sa présence. Mais ça c'est une autre histoire. 


Le cuisinier

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Textes, photos et illustrations: © Marc-André Pauzé – tous droits réservés.


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Marc-André Pauzé | Dessinateur-voyageur | Photographe | Auteur | info@marcpauze.net
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